Methodology

Ce que le suivi précoce change dans les projets de restauration forestière : les enseignements des visites de terrain à Belém

Quentin Franque · 2025-12-21

Ce que le suivi précoce change dans les projets de restauration forestière : les enseignements des visites de terrain à Belém

À l'échelle mondiale, les attentes autour de la restauration forestière ont évolué. Les projets portent désormais sur des surfaces plus vastes, des montages financiers plus complexes et des niveaux d'exigence plus élevés. La restauration est de plus en plus évaluée sur sa capacité à produire des résultats traçables et vérifiables dans le temps. Pendant la COP30, MORFO a ouvert un site de restauration à Belém pour explorer la manière dont le suivi précoce façonne les projets de restauration au cours de leur phase d'établissement initiale.

Si vous n'étiez pas à Belém, cet article vous offre un aperçu clair et factuel de ce qui a été montré sur le terrain, de ce qui a été mesuré et de ce qui a été discuté. Si vous avez fait la visite, il vous propose une synthèse structurée de ce que vous avez vu, dans un format que vous pouvez partager avec les collègues et les équipes qui n'étaient pas présents.

Le contexte du site de Belém

Le site visité pendant la COP30 a été établi sur d'anciens pâturages marqués par un usage bovin de longue durée. Avant l'intervention, la zone présentait un sol compacté, une faible teneur en matière organique et une dominance de graminées envahissantes.

La plantation a eu lieu cinq mois avant l'événement, à l'issue d'une phase de diagnostic combinant imagerie satellitaire, relevés par drone et analyses de sol sur site. Le choix des espèces a été guidé par les caractéristiques du sol et par des modèles de projection climatique, plutôt que par une recette de plantation prédéfinie.

Au moment des visites :

  • le site avait cinq mois
  • une couverture végétale précoce était visible sur la majeure partie de l'hectare
  • 18 espèces natives avaient déjà été identifiées parmi les plants établis
  • le suivi produisait des données spatialisées à l'échelle de l'hectare

Au cours des deux semaines de la COP30, 983 leaders ont visité le site en petits groupes, souvent accompagnés d'équipes de terrain et de scientifiques.

Comment le suivi précoce a été utilisé sur le terrain

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Dès les premiers mois après la plantation, les données de suivi ont servi à orienter les décisions opérationnelles sur le site.

Une imagerie drone haute résolution couvrait l'ensemble de l'hectare. À partir de cette imagerie, des modèles d'IA ont identifié et cartographié chaque plant individuellement. Sur ce site, plus de 4 000 plants ont été détectés et spatialisés sur notre hectare.

Ces détections ont fourni des informations sur les schémas de répartition, les variations de densité entre les zones et les dynamiques d'établissement précoces.

Des capteurs bioacoustiques installés sur le site ont enregistré l'activité aviaire. Pendant la période de suivi, 106 espèces d'oiseaux ont été identifiées. Pour les visiteurs, ces données complétaient les observations de la végétation en apportant des indicateurs précoces de biodiversité.

Lors des parcours sur le site, les équipes de terrain se sont appuyées sur ces jeux de données pour expliquer comment les décisions de gestion étaient ajustées :

  • identification des zones à plus faible densité d'établissement
  • détection des zones où la pression des espèces envahissantes exigeait une intervention ciblée
  • confirmation des zones où la régénération naturelle dépassait les projections initiales

Le suivi a été présenté comme un moyen de documenter et de suivre les trajectoires pendant la phase d'établissement.

Ce que vous pouviez observer lors des parcours sur site

Forest Restoration Experience - COP30, Belém

Parcourir le site rendait plusieurs aspects tangibles. Premièrement, l'hétérogénéité était visible à de courtes échelles spatiales. La texture du sol, les niveaux d'humidité et la couverture végétale variaient sensiblement au sein de l'hectare. Ces variations expliquaient les différences de schémas d'établissement entre les zones.

Deuxièmement, les profils de croissance précoce différaient selon les objectifs définis pendant la phase de diagnostic. Certaines zones privilégiaient la densité, d'autres l'hétérogénéité, en fonction des conditions de sol et des objectifs écologiques de long terme. Ces schémas étaient observables aussi bien sur le terrain que dans l'imagerie drone.

Troisièmement, les actions d'entretien et de correction étaient déjà planifiées et, dans certains cas, en cours. Ces actions suivaient des seuils prédéfinis liés aux indicateurs de suivi et faisaient partie du plan opérationnel initial ; pour de nombreux visiteurs, cela clarifiait la manière dont une restauration en phase précoce peut présenter des résultats visuels variés au sein d'un même site.

Les partenariats technologiques au service d'une visibilité précoce

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Plusieurs échanges pendant les visites ont porté sur la manière dont le suivi précoce a été rendu opérationnel à grande échelle. L'AI Suite de MORFO, développée en partenariat avec Google dans le cadre d'une collaboration pluriannuelle, combinait imagerie drone, détection par IA et tableaux de bord structurés pour produire des jeux de données cohérents et comparables dans le temps.

Le partenariat avec Google était centré sur la fiabilité des données, la capacité de traitement et la scalabilité, permettant un suivi à l'échelle de l'hectare sans dépendre d'un échantillonnage de terrain limité. Pendant les visites, l'accent est resté sur la façon dont ces outils facilitaient une interprétation en temps utile des conditions de terrain.

Gouvernance scientifique et validation sur le terrain

Forest Restoration Experience - COP30, Belém

Le site de Belém reflétait également une collaboration continue avec des partenaires scientifiques.

Les partenariats évoqués pendant les visites comprenaient des travaux menés avec Embrapa, UFV, UFSCar et l'IRD. Ces institutions ont contribué aux protocoles d'analyse des sols, aux cadres de sélection des espèces et à la validation des méthodologies de suivi. L'apport scientifique a nourri les diagnostics de terrain, la conception de la plantation et l'interprétation des données de suivi précoce. Il a également soutenu la définition des indicateurs utilisés pour suivre l'évolution du site. Pour les visiteurs, cela apportait un éclairage sur la manière dont les données de suivi précoce étaient interprétées au regard de références scientifiques partagées.

Ce que le suivi précoce a changé en pratique

Au fil des échanges sur le terrain, une observation revenait de façon constante : le suivi précoce n'éliminait pas l'incertitude, mais la rendait observable plus tôt dans le déroulé du projet. Plutôt que de s'appuyer sur des résultats consolidés plusieurs années après la plantation, les équipes pouvaient observer les dynamiques d'établissement en quelques mois, des données spatialisées venant appuyer les décisions sur les endroits et les modalités d'intervention pendant la phase précoce. Pour de nombreux visiteurs, cela repositionnait le suivi comme une donnée opérationnelle plutôt que comme un résultat rétrospectif.